La diète cétogène (Kéto): un régime thérapeutique

Riche en graisses, pauvre en glucides, ce régime est utilisé depuis près de 100 ans pour soigner avec succès l’épilepsie. Il est aujourd’hui testé, tel que ou modifié (Atkins, IG), dans les maladies d’Alzheimer et de Parkinson, mais aussi le diabète et le cancer.


La diète cétogène est un régime très particulier utilisé à des fins thérapeutiques depuis plus de 90 ans. Elle a été longuement étudiée et testée (avec succès) dans certaines épilepsies de l’enfant. Cette diète connaît aujourd’hui un regain d’intérêt de la part des médecins et des chercheurs en raison de son potentiel thérapeutique dans d’autres maladies comme la maladie d’Alzheimer, la maladie de Parkinson, les lésions cérébrales lors des accidents vasculaires cérébraux (AVC), l’obésité, le diabète et le cancer.


Histoire de la diète cétogène

Pendant des centaines d’années, on a traité empiriquement l’épilepsie par le jeûne, avec d’excellents résultats. Les enfants ne recevaient que des boissons pendant une à trois semaines. Mais ce régime ne pouvait être supporté bien longtemps car il entraînait une perte de muscles, des déficits en nutriments et entravait la croissance.

Comment expliquer que le jeûne soit bénéfique dans l’épilepsie ? Au cours du jeûne, le taux de glucose dans le sang diminue. Le corps s’adapte à la privation de nourriture (et donc de glucose) en mobilisant ses réserves d’énergie : il puise dans les graisses de réserve. Ces graisses sont transformées par le foie en corps cétoniques. Après 3 jours de jeûne, les neurones tirent pour un tiers leur énergie des corps cétoniques. Après 40 jours de jeûne, les corps cétoniques produisent 70 % de l’énergie au niveau cérébral.


Lire : Dossier Le jeûne

Sans qu’on connaisse vraiment les mécanismes par lesquels ils agissent, ce sont ces corps cétoniques qui soulagent les épileptiques.

Voici les principales hypothèses qui sont explorées à ce jour par les chercheurs :

  •  Stimulation de la formation des mitochondries, les centrales énergétiques des cellules.

  • Action neuroprotectrice.

  • Régulation de la neurotransmission avec diminution du glutamate et augmentation du GABA. Le glutamate et le GABA sont des neurotransmetteurs : ils sont sécrétés par les neurones et destinés à transmettre une information à un autre neurone. Il y a environ une centaine de neurotransmetteurs dans le cerveau, chacun ayant une action spécifique. Le glutamate est le neurotransmetteur excitateur le plus important du système nerveux. En excès, il peut provoquer la mort des neurones. Le GABA a l'effet inverse. C'est notre sédatif naturel, il calme, il apaise.

  • Action antiépileptique directe des corps cétoniques.


En 1921, un médecin de la clinique Mayo, le Dr Russell Wilder a mis au point un régime alimentaire qui pouvait être suivi pendant des années et dont le but était de mimer les changements biochimiques qui interviennent pendant le jeûne, notamment la cétose. Ce régime, dit « cétogène » apportait 10 à 15 grammes de glucides par jour, un gramme de protéines par kilo de poids et le reste des calories était fourni par les graisses. Le régime était modérément hypocalorique (75% des apports normaux en énergie) et relativement pauvre en liquides (80% de l’apport normal).


En 1925, le Dr Mynie Peterman (Mayo Clinic) a démontré que, comme le jeûne, cette diète réduisait ou supprimait les crises chez des enfants épileptiques et, contrairement au jeûne, elle pouvait être suivie pendant des années. En 1927, le Dr Henry Helmholz a rapporté plus de cent cas d’épilepsie infantile traités grâce à la diète cétogène. Selon ces rapports, environ un tiers des enfants étaient guéris de leurs crises, un tiers voyait leur état s’améliorer et un dernier tiers ne répondait pas au traitement.

Au cours des 20 années qui ont suivi, ce régime s’est imposé comme traitement de l’épilepsie, tant chez l’enfant que chez l’adulte. Les enfants le suivaient généralement un ou deux ans, mais certains l’ont suivi plus de trente ans.


Cependant, en 1938, un médicament contre l’épilepsie est développé : c’est la phénytoïne. Il sera suivi d’une vingtaine d’autres molécules. Dès lors la popularité du régime cétogène va décliner. Ce régime ne sera plus proposé que dans quelques hôpitaux et cliniques comme traitement « alternatif ».

En 1994, l’Américain Jim Abrahams, père de Jim, un garçon de 2 ans en échec thérapeutique malgré l’essai de plusieurs médicaments, apprend l’existence du régime cétogène dans un livre et persuade les médecins de le tenter. C’est un succès. Son père créée une fondation aux Etats-Unis (Charlie Foundation, à Santa Monica en Californie) pour informer les familles et les médecins. Le régime cétogène va dès lors connaître un regain d’intérêt.


Dans les années 1990, le Dr John Freeman (Université Johns-Hopkins, Baltimore) a suggéré que les enfants réfractaires aux traitements médicamenteux suivent une diète cétogène. Les études montrent que ce régime est efficace et que les enfants présentent moins d’effets secondaires qu’en prenant des médicaments antiépileptiques. Par exemple, leurs résultats scolaires sont meilleurs.

Aujourd’hui, la diète cétogène est reconnue comme traitement efficace de l’épilepsie ; elle est pratiquée par des médecins dans plus de 40 pays dont la France. En général, la moitié des enfants voient leurs crises divisées par deux.

Diète cétogène et maladie d'Alzheimer

"Chez les malades d’Alzheimer, indique le Dr Michèle Serrand, on observe une incapacité des neurones (cellules nerveuses) à bien utiliser le glucose (sucre) qui est leur première source d’énergie habituellement. Or sans énergie, pas de vie : les neurones ne peuvent pas vivre et fonctionner normalement. Certains chercheurs évoquent la maladie d’Alzheimer comme une sorte de diabète du cerveau, un diabète de type 3. Aujourd’hui, il n’y a pas de médicaments efficaces pour permettre aux neurones d’utiliser le glucose à nouveau normalement. Mais les neurones ont la capacité d’utiliser une autre source d’énergie. Il s’agit des cétones, des substances naturelles issues des graisses. Pour certaines personnes, avec un régime cétogène, l’évolution de la maladie est ralentie. Pour d’autres, elle est même stoppée. Malheureusement, pour d’autres encore les effets restent modestes. Mais il n'y a guère de risque à essayer ce régime chez un patient, et tout à gagner."

Chez l’animal, les cétones freinent l’évolution de la maladie d’Alzheimer. Chez l’homme, deux premières études ont montré une amélioration des capacités cognitives.


D'autres maladies cérébrales comme Parkinson ou la schizophrénie sont susceptibles d'être freinées par un régime cétogène. Une étude australienne chez l’animal a ainsi ouvert en 2015 des perspectives passionnantes pour les patients schizophrènes, même si des essais sur l’homme sont encore nécessaires.

Concernant l'autisme, les études sur les animaux (chez qui on a provoqué un autisme par une exposition prénatale à l’acide valproïque) montrent que ce régime induit des améliorations dans leur comportement social.

Un régime contre le cancer ?

En cas de régime cétogène, les tumeurs se voient privées de leur nourriture de prédilection : le sucre. Elles ne peuvent plus proliférer aussi bien. Et les cellules saines, elles, ont plus d’énergie et de vitalité. Contrairement à beaucoup de traitements anti-cancer, le régime cétogène affaiblit les cellules cancéreuses sans nuire aux parties saines de l’organisme. Au contraire, il les renforce. Chez l’animal, les cétones freinent la croissance et la prolifération des tumeurs. De plus, elles renforcent les effets de la chimiothérapie et de la radiothérapie. Des résultats encourageants chez l’homme ont été obtenus. D’autres études sont en cours.


La diète cétogène pure

Nous tirons notre énergie de notre nourriture et principalement de trois catégories d’aliments :

- les glucides : amidons (pomme de terre, riz, blé et autres céréales), sucre, fruits et légumes ;

- les graisses (ou lipides) : huiles, beurre, margarine, crème fraîche, noix, certains végétaux (avocat) ;

- les protéines : viande, volaille, poisson, œuf, laitages, légumes secs, noix, végétaux.


À l’inverse, la diète cétogène qui a été conçue pour mimer le jeûne, comporte très peu de glucides. Elle est constituée presque exclusivement de graisses et de protéines (à la dose de 1 gramme par kg de poids corporel), l’objectif étant non plus de tirer notre énergie du glucose mais des graisses via les corps cétoniques. Dans la diète cétogène, l’alimentation doit compter environ 90 % de lipides, 8 % de protéines et 2 % de glucides.


Du fait du déséquilibre potentiel du régime, il est nécessaire de prendre des suppléments de vitamines et minéraux, comme le potassium par exemple. La diète cétogène nécessite l’intervention d’un diététicien car de nombreux calculs sont nécessaires : définition du besoin calorique, calcul du besoin en protéines pour que la croissance de l’enfant soit harmonieuse1,  calcul des portions de graisses, de protéines et de glucides par jour selon le ratio 3 pour 1 (3 grammes de graisses pour 1 gramme de [protéines + glucides]), voire 4 pour 1 (4 grammes de graisses pour 1 gramme de [protéines + glucides]).

Elle nécessite un suivi médical car elle peut avoir des effets secondaires gênants :

  • défaut de gain de poids

  • constipation

  • acidose à bas bruit

L’équipe médicale enseigne aux familles comment poursuivre la diète cétogène à la maison et la surveillance à instaurer, notamment la surveillance de la cétonurie par des bandelettes urinaires, c’est-à-dire le taux de corps cétoniques dans les urines. Si le taux est trop élevé, il faut réduire la quantité de graisses dans l’alimentation.


Exemple de menu cétogène 4/1 sur une journée pour un homme adulte

Petit déjeuner    Fromage Boursin ail et fines herbes30 g   Orange30 g   Amandes  40 g

Déjeuner    Salade d’avocat300 g   + citron20 g   + huile de colza10 g   Maquereau cuit au four 50 g   + huile d’olive15 ml   Courgettes sautées100 g   + huile d’olive 15 g   1 fraise 7 g   + chantilly non sucrée   30 g

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