Les preuves scientifiques de la Vitamine D contre les infections respiratoires.

Depuis le début des années 1990, de nombreuses études ont été menées pour savoir si un peu plus de vitamine D en hiver, c’est un peu moins d’infections respiratoires. Revue de détail.

Les études épidémiologiques

Des études épidémiologiques ont recherché une association entre le taux de vitamine D ou l’exposition au soleil et le risque d’infections respiratoires.


En 2002, une étude finlandaise a été conduite sur 800 jeunes militaires en bonne santé. Leur taux de vitamine D dans le sang [25 (OH)D]a été mesuré en juillet. Ces volontaires ont été suivis ensuite pendant six mois, et les médecins ont tenu un historique des jours d’absence dus à des infections respiratoires.


Résultats : les personnes ayant les taux de vitamine D les plus bas ont eu significativement plus de jours d’absence liés à ces infections, ce qui correspond à un risque d’infections augmenté de 63%. Dans cette étude, les taux de vitamine D sont plus élevés chez les militaires les plus sportifs (ce qui a du sens s’ils sont plus exposés au soleil) et plus bas chez les fumeurs. (1)


Une étude hollandaise a trouvé que les enfants qui avaient été le plus exposés au soleil avaient par la suite deux fois moins de risque d’infections respiratoires supérieures que ceux qui avaient eu le moins d’ensoleillement. (2)


En 2004, une étude a comparé 80 enfants atteints d’infections respiratoires basses à des enfants en bonne santé. Conclusion : les enfants avec les taux les plus bas de vitamine D dans le sang avaient 11 fois plus de risque d’être infectés. (3)


Des chercheurs américains ont examiné l’association entre le niveau de vitamine D dans le sang et le risque d’infections respiratoires supérieures chez 18883 personnes âgées de 12 ans et plus. Leur conclusion, publiée en février 2009 : plus le taux de vitamine D est élevé moins il y a de risque d’infection. Par rapport aux personnes ayant des taux plasmatiques de vitamine D (25(OH)D) supérieurs à 30 ng/mL, celles dont les taux étaient inférieurs à 10 ng/mL avaient un risque infectieux augmenté de 55%. Les bénéfices sont encore plus marqués chez les personnes fragiles : asthmatiques, malades souffrant de bronchite chronique obstructive (4).


D’autres études ont trouvé que chez les Noirs Américains (une population à risque de déficit en vitamine D) ceux qui manquent le plus de vitamine D ont plus de rhinosinusites que les autres. (5) Les nouveaux-nés souffrant d’infections respiratoires basses aigues semblent eux aussi manquer de vitamine D. (6)


Les études d’intervention

Au contraire des études épidémiologiques, les études d’intervention cherchent à infléchir le risque de maladie en donnant de la vitamine D ou en augmentant l’exposition solaire.


L’une des études les plus anciennes a été conduite en Russie et publiée en 1990. 410 athlètes russes adolescents ont été exposés deux fois par semaine pendant 3 ans à un rayonnement UVB (générant la synthèse de vitamine D), et comparés à 446 athlètes non irradiés. Il y eut dans le groupe UV deux fois moins d’infections respiratoires virales et 300% de jours d’absence en moins. (7)


Des chercheurs ont administré 60 000 UI de vitamine D par jour pendant 6 semaines à des enfants souffrant d’infections respiratoires fréquentes et ces infections ont totalement disparu au cours des 6 mois suivants. (8)


Dans une étude contrôlée, on a comparé les effets d’un placebo à celui d’un supplément de vitamine D sur la maladie. Par rapport aux 104 femmes qui avaient reçu un placebo, celles (104 aussi) qui avaient pris un supplément ont été moins nombreuses à rapporter un épisode de rhume ou de grippe. La dose modérée de 800 UI de vitamine D par jour s’est traduite par une diminution de l’incidence et elle a supprimé la saisonnalité de la maladie (4). Une dose plus élevée (2000 UI/jour), pendant la première année de l’étude, a pratiquement éradiqué toute manifestation de rhume ou de grippe. (9)

Les auteurs de cette étude ont poursuivi en donnant 2000 UI de vitamine D par jour ou un placebo en hiver à 162 volontaires pendant quatre mois, sans trouver de différence de taux d’infections entre les deux groupes. Cet échec, selon les auteurs de l’étude pourrait s’expliquer par une dose insuffisante à ce moment de l’année. (10)


En 2013, un essai contrôlé randomisé sur 600 étudiants a conclu à l'efficacité d'un supplément de vitamine D3 pour réduire (de presque moitié !) le risque d'infections respiratoires (confirmées en laboratoire), ainsi que leur intensité (diminution de la charge virale). (11)


En 2015 et 2016, deux essais randomisés ont conclu différemment sur l'intérêt de la supplémentation en vitamine D3 pour prévenir les infections respiratoires aiguës chez les personnes âgées.  Les deux études proposaient de très hautes doses mensuelles ou bimestrielles, mais avec des protocoles légèrement différents. Celle qui cumulait doses bimestrielles élevées (96 000 UI) et doses quotidiennes conformes aux recommandations (400 UI) n'a trouvé aucune influcence de la supplémentation en vitamine D sur les infections respiratoires (12). Celle qui proposait une dose mensuelle élevée (100 000 UI) en plus de la dose quotidienne conforme (400 UI) a trouvé une réduction du risque d'infection respiratoire de 60% (13). 


Chez les enfants une revue systématique des études d'intervention n'a trouvé aucun intérêt à la supplémentation quotidienne des enfants en vitamine D3 pour prévenir les infections respiratoires aiguës, sauf chez les enfants asthmatiques (14).


Comment se faire une idée de l'intérêt de la vitamine D face à ces résultats contradictoires ? Déjà il faut noter que celles qui peinent à trouver un intérêt concernent des infections aiguës alors que les autres concernent les infections respiratoires en général. Ensuite, il faut s'aider des méta-analyses.


Les méta-analyses

En 2017, dans le BMJ, une méta-analyse a suggéré que la supplémentation en vitamine D permettait de réduire significativement le risque d'infection respiratoire commune de 12% (15). Plus les personnes avaient un taux de vitamine D bas au début de l'étude et plus la supplémentation était protectrice.

En 2016, une autre méta-analyse concernant uniquement les enfants a montré que prendre de la vitamine D n'avait pas d'effet sur le risque d'infections respiratoires sévères comme la pneumonie chez les enfants de moins de 5 ans (16).


Conclusion : la supplémentation en vitamine D est probablement intéressante pour la prévention des infections respiratoires classiques, ou en cas d'asthme, mais elle n'a pas fait la preuve de son efficacité contre les infections respiratoires aiguës.



Références :

  1. Laaksi I, Ruohola JP, Tuohimaa P, Auvinen A, Haataja R, Pihlajamäki H, Ylikomi T. An association of serum vitamin D concentrations < 40 nmol/L with acute respiratory tract infection in young Finnish men. Am J Clin Nutr. 2007. Sep;86(3):714-7.

  2. Termorshuizen F, Wijga A, Gerritsen J, Neijens HJ, van Loveren H. Exposure to solar ultraviolet radiation and respiratory tract symptoms in 1-year-old children. Photodermatol Photoimmunol Photomed 2004;20:270-1.

  3. Wayse V, Yousafzai A, Mogale K, Filteau S. Association of subclinical vitamin D deficiency with severe acute lower respiratory infection in Indian children under 5 y. Eur J Clin Nutr 2004;58:563-7.

  4. Ginde AA, Mansbach JM, Camargo CA., Jr Association between serum 25-hydroxyvitamin D level and upper respiratory tract infection in the Third National Health and Nutrition Examination Survey. Arch Intern Med. 2009;169:384–390.

  5. Pinto JM, Schneider J, Perez R, DeTineo M, Baroody FM, Naclerio RM. Serum 25-hydroxyvitamin D levels are lower in urban African American subjects with chronic rhinosinusitis. J Allergy Clin Immunol. 2008 Aug;122(2):415-7.

  6. Karatekin G, Kaya A, Salihoğlu O, Balci H, Nuhoğlu A. Association of subclinical vitamin D deficiency in newborns with acute lower respiratory infection and their mothers. Eur J Clin Nutr. 2009 Apr;63(4):473-7.

  7. Gigineĭshvili GR, Il’in NI, Suzdal’nitskiĭ RS, Levando VA. The use of UV irradiation to correct the immune system and decrease morbidity in athletes [in Russian]. Vopr Kurortol Fizioter Lech Fiz Kult 1990 May-Jun:30-3.

  8. Rehman PK. Sub-clinical rickets and recurrent infection. J Trop Pediatr 1994;40:58.

  9. Aloia J, Li-Ng M: Re: epidemic influenza and vitamin D. Epidemiol Infect 2007, 135(7):1095-1096.

  10. Li-Ng M, Aloia JF, Pollack S, Cunha BA, Mikhail M, Yeh J, Berbari N. A randomized controlled trial of vitamin D3 supplementation for the prevention of symptomatic upper respiratory tract infections. Epidemiol Infect. 2009. Oct;137(10):1396-404.

  11. Emma C Goodall, Andrea C Granados, Kathy Luinstra, Eleanor Pullenayegum, Brenda L Coleman, Mark Loeb and Marek Smieja :Vitamin D3 and gargling for the prevention of upper respiratory tract infections: a randomized controlled trial. BMC Infectious Diseases201414:273.

  12. Martineau AR, Hanifa Y, Witt KD, Barnes NC, Hooper RL, Patel M, Stevens N, Enayat Z, Balayah Z, Syed A, Knight A, Jolliffe DA, Greiller CL, McLaughlin D, Venton TR, Rowe M, Timms PM, Clark D, Sadique Z, Eldridge SM, Griffiths CJ. Double-blind randomised controlled trial of vitamin D3 supplementation for the prevention of acute respiratory infection in older adults and their carers (ViDiFlu). Thorax. 2015 Oct;70(10):953-60. 

  13. Adit A. Ginde, Patrick Blatchford, Keith Breese,  Lida Zarrabi, Sunny A. Linnebur, Jeffrey I. Wallace, Robert S. Schwartz  : High‐Dose Monthly Vitamin D for Prevention of Acute Respiratory Infection in Older Long‐Term Care Residents: A Randomized Clinical Trial. J Am Geriatr Soc 65:496–503, 2017.

  14. Xiao, L., Xing, C., Yang, Z., Xu, S., Wang, M., Du, H., . . . Huang, Z. (2015). Vitamin D supplementation for the prevention of childhood acute respiratory infections: A systematic review of randomised controlled trials. British Journal of Nutrition, 114(7), 1026-1034. 

  15. Adrian R Martineau, David A Jollife, Richard L Hooper, et al. : Vitamin D supplementation to prevent acute respiratory tract infections: systematic review and meta-analysis of individual participant data. BMJ 2017; 356.